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"Je lis aussi dans le cadre de mon activité journalistique. Après avoir successivement été critique littéraire pour La Revue Littéraire (Editions Léo Scheer), puis pour Le Magazine des Livres, je chronique actuellement pour le journal Service Littéraire et pour le site Le Salon Littéraire (livre.expeert.com)."

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Paridaiza

Rédigé par Cécilia - 09 juillet 2008

Luis de Miranda, Paridaiza, Plon

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il faut suivre Luis de Miranda ! Dans le monde cybernétique et foisonnant où il invite son lecteur, il conviendra de faire de gros efforts d’attention pour ne pas se perdre tant l’imaginaire complexe développé sur près de deux cents pages fourmille d’informations clés indispensables à qui veut comprendre le déroulement de l’action… Cela dit, ces efforts seront récompensés : une intrigue futuriste bien menée, de multiples rebondissements, un héros « flottant » emblématique de notre époque, qui peine à se trouver, à s’engager, à grandir, « comme si une pellicule opaque  (s’était tissée) entre sa conscience et le réel », une plume moderne non dénuée de poésie… A n’en pas douter, ce texte a de quoi séduire. C’est à l’ennui qu’il s’attaque, cette morgue qui mine le couple et le mène vers son inéluctable déréliction et plus largement, l’ennui qui englue nos existences de mortels par trop formatés. Paridaizo, nouveau jeu faisant fureur sur Internet, pourrait bien en être l’antidote. Sorte de « Second Life » sophistiqué, les joueurs y évoluent au sein d’un monde répliquant notre vieille Terre et peuvent s’y créer autant d’avatars que de destins différents. Revêtus de plusieurs identités, les voilà qui s’adonnent aux délices de la duplicité. Prouesse technologique de taille, ils ressentent les mêmes sensations que dans la vraie vie. Mais seuls les plus habiles ou les plus assidus auront le bonheur d’accéder à la jouissance suprême procurée par le Plaisirium…

Si Paridaizo semble l’outil idéal pour revigorer le couple à la dérive que forment Clara et Nuno, le jeu fait néanmoins peser sur eux la grave menace de l’addiction. Comment en effet ne pas préférer l’attrait de la virtualité à la banale réalité ? Et un plus grand danger plane encore sur les joueurs. Angelot Manaler, l’informaticien virtuose à l’origine du programme, se croit en effet investi d’une mission spirituelle et poursuit l’objectif de « rendre l’amour d’autrui obligatoire ». Pour ce faire, il médite de transformer le sentiment d’amour du prochain en instinct par une stimulation neuronale. Certains avatars élus éprouveraient alors en permanence, « un inconditionnel amour de leur semblable ».

Un groupe d’activistes, conscient du péril que représente cet univers sectaire voire fascisant, tentera de manipuler les codes informatiques du jeu pour faire émerger un nouveau monde, le Créel, plus varié et plus fou, qui redonnerait une place centrale à l’imagination et à la créativité de chacun. Découvrant ainsi la liberté, les joueurs, quitteraient alors sans regrets l’univers virtuel préprogrammé pour devenir dans la vraie vie les sujets enfin actifs de leur existence.

On le voit, Paridaiza tient plus de la fable philosophique que du roman. On n’en attendait pas moins du fondateur du « créalisme », cette politique du réel en tant que « co-création en devenir » qui pose en principe « le primat de la créativité au cœur de l’être ». Tissu d’interrelations singulières et dynamiques entre les hommes, le Créel de Luis de Miranda entend redéfinir les conditions « d’une vie désaliénée ». C’est donc un petit manifeste « créaliste » fidèle au projet littéraire et philosophique de ce dernier qui nous est proposé en l’espèce, une belle et touchante démonstration de ce que pourrait être « quelque chose comme une apparence d’amour de la vie», tant il est vrai que l’ennui, « cette faim sans cause » naît « avant tout de (notre) propre découragement, d’une carence de foi, d’une paresse de spectateur qui nous fait renoncer à appliquer, tenace, notre créativité au quotidien. »

 

Classé dans : Revue Littéraire - Mots clés : Luis de Miranda

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